• Dans une conversation, le sens des mots n'intervient qu'à 7% de la communication.
    
    C'est dingue, non ? 

    Pour le reste, 38 % concernent la prononciation de ces mots et 56% en appellent à la gestuelle.


    Par exemple, si nous prenons la simple petite phrase « tu viens », c'est surtout l'intonation qui déterminera s'il s'agit d'une question, d'une affirmation, d'un ordre, etc.
    L'attitude du corps, le geste de la main ou le regard communiqueront quant à eux l'intention qui se cache derrière ces deux mots.
    Et ce sera très différent encore si j'exprime « tu viens ? » à une belle inconnue dans la rue ou à un ami pour lui signifier de venir voir mes estampes japonaises.

    De fait, le contexte est essentiel pour comprendre le message envoyé par l'interlocuteur.

    Cela veut donc dire que, ici, dans les billets d'un blog, pas moins de 38 % (prononciation) du message sont forcément mis au rancard et 56 % (gestuelle) sont inexistants.
    Ce manque de gestuelle sera parfois compensé (mais en partie infime seulement) par la présence d'une image.
    Encore faut-il qu'elle soit judicieusement choisie en fonction du contenu ; l'inexistence de la prononciation sera, elle, comblée (toujours en partie) par les signes de ponctuation ( ? , ..., !, etc.), voire par la sonorité illusoire d'un style en langage SMS (« keskirakonte ? »), etc.

    Cela veut donc dire encore que mon travail de « prof de français »
    n'intervient qu'à 7 % si je me limite à « enseigner » le vocabulaire, l'orthographe, la grammaire.

    (... Vite, je cours voir ma feuille mensuelle de rémunérations avec inquiétude,
    des fois qu'on ne me paierait plus que 7% de mon déjà maigre salaire !
    Meuh non, les p'tites gazes, les p'tits gars ! Pas d'affolement...
    Quant à moi, je tiens compte de ces pourcentages depuis longtemps...)

    De fait, je me sens davantage
    être un formateur en communication de base 
    qu'un prof' de français langue étrangère.

    Dernier conseil : apprenez donc l'art du  mîme ou le langage des signes !
    Et, une fois de plus, jetez un coup d'oeil  sur http://www.bodylanguage.fr.st/.


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    PORTRAITS EN VRAC :
     

    V..., Tchétchène, professeur de russe, chrétienne orthodoxe, 50 ans, réfugiée :
    dans son village, les édiles musulmans se sont appropriés tous ses biens (maison, meubles, etc.)...

    H..., Marocaine du Riff, peu scolarisée, sans profession, 21 ans, enfoulardée,
    mariée depuis peu avec un Belge de souche marocaine qui a été la chercher dans un village perdu.
    Choc culturel : l'Europe !

    J..., Nigérian, chrétien, 30 ans, réfugié sans papiers, 
    dont la famille a été décimée par les milices musulmanes,
    énorme cicatrice d'un coup de machette sur la cuisse...

    D..., Bulgare, 28 ans, venu ici avec sa petite famille
    mettre sur pied une petite entreprise de travaux de bâtiment...

    M..., Marocain, 48 ans, Imam...

    G..., Colombien, 60 ans, syndicaliste agricole,
    emprisonné et torturé, réfugié dit « économique »...

    S..., Pakistanaise, 42 ans, 3 enfants,
    qui possédait un château là-bas, réfugiée, mari décédé violemment au pays, bénéficie de l'aide sociale en Belgique...

    A..., Albanaise, 25 ans, mariée avec un Grec, 
    malgré l'Europe Unie ( !), mariage pas reconnu en Belgique...

    S..., Russe, ancien danseur du Bolchoï mis au rebut,
    se retrouve ici nettoyeur de surface...

    M..., Thaïlandaise, 27 ans,
    ex-pér
    ipatéticienne...

    A..., Algérien, 30 ans, 
    intellectuel menacé par les intégristes musulmans...

    Je continue ?

    ... Et tout ça dans la même Arche de Noé :
    mes groupes d'apprentissage du français !


    Bonjour, la dynamique de groupe !



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  • Dans mon métier de prof' de français langue étrangère, l'une des cerises sur le gâteau, c'est la beauté des femmes et, en vérité je vous le dis, ces dames originaires des pays de l'Est européen sont particulièrement superbes.

    Ce n'est pas dans mes habitudes
    de mêler vie privée et professionnelle
    mais j'avais quand même accepté l'autre jour
    une invitation pour le repas de midi
    chez une participante à mes cours,
    appelons la Madame A.

    Mme A. approche de la quarantaine,
    est mince et pas très grande, a les cheveux blonds coupés courts,
    un visage de madone et des yeux bleus où il y aurait moyen de se noyer.
    Divorcée d'un mari violent, la voilà arrivée en Belgique depuis un an,
    dans un minuscule appartement,
    dont le salon n'est séparé de la chambre
    que par une garde-robe et une tenture chamarrée.

    Nous avons donc mangé dans le salon,
    ... mais oui, qu'alliez-vous imaginer ?
    Musique bulgare, évidemment ;
    album photos, bien sûr ;
    clichés inévitables : en Bulgarie,
    "on dit qu'il n'est plus nécessaire de montrer ses poches
    à son voisin, car ce dernier a déjà les mains dedans
    ",
    tristesse et nostalgie, absolument.

    Apéritifs et snacks à volonté,
    puis soupe sucrée en entrée,
    boulettes de viande aux œufs durs,
    quelques verres de vin, d'alcool,
    un dessert et le pousse-café en sortie.


    Dans son français balbutiant,
    Mme A. n'a cessé de parler tout au long de nos deux heures,
    de ses difficultés de trouver un travail en Belgique,
    des regards méfiants des employeurs
    (« Ah oui... vous êtes quoi, vous dites ?... Bulgare...
    oui, oui, la filière bulgare...
    oui, un peu comme la mafia roumaine, quoi !
     »).


    Ma Bulgarie n'a pas de Culture, bégaye-t-elle,
    au propre comme au figuré,
    tant et tant d'années de domination turque,
    puis tant et tant d'années de domination soviétique,
    et maintenant, tant et tant d'années à venir...
    de domination européenne.
    « Je ne sais pas qui je suis ! », conclut-elle,
    le regard bas, les mains crampées l'une à l'autre.

    Je me suis tu, qu'aurais-je eu à rétorquer ? ;
    elle avait besoin d'écoute et d'attention ;
    mon rôle et ma situation personnelle
    ne me permettaient pas de lui donner de l'affection.        


    Aujourd'hui, Mme A. est repartie dans son pays pour toujours.
    Notre rencontre fut en quelque sorte son dernier cours,
    fameuse leçon de vie pour tous les deux, assurément.


    Bernic 2005

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